Cette etude a pour objet d’explorer la relation entre Diderot et le cinema et d’analyser les deux adaptations du roman de Diderot, la Religieuse.
Rappelons que Serguei Eisenstein, le realisateur du celebre Cuirasse Potemkine et ≪ le Pere du Montage ≫, est considere par Roland Barthes comme successeur de l’esthetique de Diderot. Selon ce cineaste russe, Diderot a parle du cinema. Et Jean Claude Bonnet, specialiste du XVIIIe siecle, declare lui-aussi que “Diderot a invente le cinema”. Ainsi, l’examen de leurs ecrits et des oeuvres esthetiques de Diderot nous permettra, croyons-nous, d’evaluer le role des idees du createur du drame bourgeois dans l’elaboration du septieme art.
Au fait, La Religieuse de Diderot a ete ‘fidelement’ adaptee par deux cineastes francais : Jacques Rivette et Guillaume Nicloux, respectivement en 1966 et en 2013. Il a fallu attendre donc presque un demi-siecle pour voir Nicloux revisiter le roman en faisant decouvrir au public l’heroine du roman.
Or, le roman en question etant “rempli de tableaux pathetique”, la realisation du film oblige, inevitablement, a conferer une coloration et un sens particuliers aux tableaux decrits par Diderot. De ce fait, il nous semble interessant de regarder de plus pres comment les deux cineastes ont mis en scene le meme tableau : celui ou Suzanne, menee a l’autel, prononce le sublime ‘non’. En bref, les differences marquees entre deux Religieuses dans les deux mises en scene mentionnees nous permettent de comprendre deux motifs, deux contextes et deux interpretations differentes.